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Miscellanées

Ne pas se laisser pétrifier par la neige qui tombe lentement chaque jour…

Père Noël, je voudrais… ( diaporama )

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L’erba nocca?

«La primavera io la sento in questo fiore modesto che non ha colore, ma ha il sangue e l’odor della terra rinata».
Gianni STUPARICH in L’erba nocca.1945

Celle qui soignait la folie. Folle et vénéneuse, elle -même. Plantée là à vous regarder d’en bas, de sa petite taille d’herbe verte et jolie; presque douce, sans prétention. On l’appelle Héllébore; celle de Noël est plus colorée, celle de Corse lui ressemble comme une soeur, toutes les autres sont ses amies. Elle ne vous empoisonne que si vos intentions sont mauvaises ou si vous voulez vous approprier son territoire, sans lui avoir demandé qu’elle vous y invite. Sinon, elle mène sa vie, à son apogée au printemps, à son hypogée le reste de son temps. Une drôle de petite étoile. Ne la côtoyez que si vous êtes sûr de vous-même, c’est à dire honnête.

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Enfances…

Un pas, deux pas et puis les autres. Vivre… Les premières fois, on avance emprunté, attentif, étranger. Une crainte qui vient des grands fonds aqueux où l’on baignait au chaud ; on sentait bien toutefois que ce bonheur fermé on le perdrait un jour, et on l’a perdu au jour suivant. Alors, on se méfie. Ainsi sont les enfants au début. Et à la fin de leur temps de grand aussi. La plus grande est d’abord précautionneuse, on lui a dit tant de fois de regarder partout, mais un enfant veut voir et le danger ne se voit pas. La petite fille le sent plus qu’elle ne l’imagine ; une sensation pourtant qu’il est là, tapi, le danger, qu’il peut surgir à tout instant. Ou pas. Elle l’attend pour ne pas être surprise ; sous quelle forme il est, le danger ? Elle n’en a pas la mémoire, elle ne l’a pas connu, pas encore. La petite observe. À gauche, il y a la place …Qui vient ? L’enfant regarde bien, tente un regard au loin ; elle n’a pas perçu, à droite, le panneau qui interdit de rester là ; normal, elle ne sait pas encore lire. Au fond, elle aperçoit la flèche qu’elle cherche toujours quand elle est assise en voiture ; « il faut aller par-là », elle le dit. Elle n’a pas appris l’ordre de marche, seulement celui de la classe : on se met en rang, deux par deux ; inconsciemment elle a reproduit l’ordre : deux par deux. L’ordre… On ne lui a pas dit qu’il se transgresse, qu’il s’oublie, que l’homme passera ailleurs, s’il en a envie. Canalisée, le bout’chou ; un mur à gauche, un mur à droite. Elle n’a peut-être pas peur, elle avance, il le faut ; et puis sa sœur est encore plus petite qu’elle ; elle a besoin d’elle, de son attention, de sa force de grande. La toute petite a confiance, on lui tient la main. Si elle se retournait, on saurait qu’elle a en bouche sa sucette de bébé. À quoi bon l’enlever ? Elle savoure le plein-être des premiers âges. Leur père, ou plutôt leur oncle avait un T-shirt à leur âge orange bien vilain où Grand-mère avait brodé une recette du bonheur avec Snoopy qui disait que ça consistait à avoir son pouce et sa couverture. HAPPINESS IS HAVING A THUMB AND A BLANKET Comme un geste antique, répétitif, que chaque individu en voie de formation répétait, la teu-teu et le dou-dou qui, avant, s’appelait le pouce et le petit mouchoir. La bébée chemine sans se poser de questions ; dites, à quoi on pense quand on se sent guidé ? À rien dans l’instant de cette ville pleine d’interdits, d’impératifs et de petits pièges invisibles… Elle ne peut pas apercevoir ces filles qui sont devant, très loin et que la vie a fait grandir avant elle ; qu’elle a abimées aussi, un peu quand même… Les filles, les quatre, vont dans la même direction, s’enfoncer dans le mystère de la ville sombre où l’on apprend à consommer, à se frotter, à se répondre, à se perdre aussi. Pour les petites, c’est pour tout- à- l’heure, c’est à dire pas encore… il reste un peu d’enfance pour quelque temps à venir. Mais elles ne le savent pas qu’il leur en reste un peu, puisqu’à elles deux, elles sont l’ ENFANCE…

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Déplacements…

Je clique et Maurizio et Nadia m’incitent à revoir  Trieste; alors j’imagine Magris dans son café, des idées plein la tête de voyage… Je me laisse guider.

Vous venez?

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Roussillon…

Le livre en fête, c’est demain; j’y suis, on se voit là-bas?

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Fiesole* ou la traversée d’un siècle…

Venez à Aix le 14 octobre!

Andrea,  Giovanni et aussi Neri vous parleront en Italien et en français de leur ville. Ils se feront, par la photo, par le texte, ou par la voix, les porte-parole des anciens qui sont partis, de ceux qui sont encore parmi nous, des générations intermédiaires.  Souvenirs…

Émouvant!

  • Fiesole, en Toscane, est à 7 km au nord de Florence.
  • Piazza grande, association  aixoise de culture et de langue italienne est la seule gestionnaire de cette conférence.

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Sur France Culture, toute la semaine…

Qui a peur d’Erri De Luca?

Il parle pour celui qui est muet, dit-il.  Muet par crainte ou muet par petit calcul. Muet tout de même.

Lui ne déroge pas aux valeurs.Il en faut, de ceux qui ne vendent pas leur âme, ne suivent pas la masse; la ramènent  en somme. C’est un ami qui est, dans la bibliothèque, tout en haut…

 

Les valeurs.

Considero valore, Erri de Luca*

J’attache de la valeur à toute forme de vie, à la neige, la fraise, la mouche.

Considero valore ogni forma di vita, la neve, la fragola, la mosca.

J’attache de la valeur au règne minéral et à la république des étoiles.

Considero valore il regno minerale, l’assemblea delle stelle.

J’attache de la valeur au vin tant que dure le repas, au sourire involontaire, à la fatigue de celui qui ne s’est pas épargné, à deux vieux qui s’aiment.

Considero valore il vino finché dura il pasto, un sorriso involontario, la stanchezza di chi non si è risparmiato, due vecchi che si amano.

J’attache de la valeur à ce qui demain ne vaudra plus rien et à ce qui aujourd’hui vaut encore peu de choses. J’attache de la valeur à toutes les blessures.

Considero valore quello che domani non varrà più niente e quello che oggi vale ancora poco.
Considero valore tutte le ferite.

J’attache de la valeur à économiser l’eau, à réparer une paire de souliers, à se taire à temps, à accourir à un cri, à demander la permission avant de s’assoir, à éprouver de la gratitude sans se souvenir de quoi.

Considero valore risparmiare acqua, riparare un paio di scarpe, tacere in tempo, accorrere a un grido, chiedere permesso prima di sedersi, provare gratitudine senza ricordare di che.

J’attache de la valeur à savoir où se trouve le nord dans une pièce, quel est le nom du vent en train de sécher la lessive. J’attache de la valeur au voyage vagabond.

Considero valore sapere in una stanza dov’è il nord, qual’è il nome del vento che sta asciugando il bucato.
Considero valore il viaggio del vagabondo.

J’attache de la valeur à l’usage du verbe aimer et à l’hypothèse qu’il existe un créateur.

Considero valore l’uso del verbo amare e l’ipotesi che esista un creatore.

Bien de ces valeurs, je ne les ai pas connues.

Molti di questi valori non ho conosciuto.

• Oeuvre sur l’eau (Seghers)/Opera sull’acqua (Einaudi). 2002. Traduction: Danièle Valin.

 

Se serrer…

…la main. Je ferais mieux de dormir à 4heures du mat’ plutôt que de penser au serrement de main*. Mais je vois le jeu   au lieu de dormir. Je préfère embrasser; ça implique moins …de microbes et d’engagement pur; on tend la joue, petit bisou, puis on parle; d’autres  arriveront qui vous embrasseront et vous laveront.

La main, elle, après qu’on l’a serrée, reste là avec ses microbes, gros , petits, ceux qu’on ne voit pas parce qu’ils procèdent de la même hypocrisie que le geste de la tendre en pensant à plein de fausses raisons ou à rien du tout. Celle qu’on reçoit est molle, ou humide ( mais ce n’est pas la pire…) ou nerveuse, ou intéressée, ou…

Faut se méfier de cette main qui vous prend et vous garde; intention appuyée de dire; « c’est moi et que moi, regardez-moi bien, je suis quelqu’un ! » Et l’autre ne peut pas faire autrement, il ne vous voit déjà plus si tant est qu’il vous ait regardé, qu’il en ait eu envie car vous l’avez obligé. Et puis ce qu’il en reste, c’est le poisseux, fait de saleté accumulée, de wc en argent comptant, de pizza dégoulinante en grattage de nez… Je suis grossière?  Un peu , mais pas plus que celui qui reste planté devant vous pour vous la serrer, votre main jamais libre. Jamais, je vous dis, car dans un geste anodin, on vous utilise déjà…

*Observation de la veille sur le terrain.

 

Les silences.

Pas une analyse, certes pas. À quel titre la faire?

Une observation lente, sur des années. j’aurais dû dire écouter, mais non, observer va mieux.

Je pars du bruit; de celui que faisaient les élèves ( 200 à la fois) dans la cage d’escalier quand on reprenait les cours. Se raidir pour rentrer en soi, le temps de la montée. Puis, à l’étage faire silence ; on ne s’installe  pas en classe dans le brouhaha. Ainsi se fait le silence ou chacun pense à ce qu’il veut, les élèves, qu’ils ont trois heures de cours, les profs, que dans trois heures, ce sera 17 heures… et le silence complet de la voiture.

J’ouvre TÉLÉRAMA, une fois de plus,  parce que la couverture m’a interpellée.

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le silence est là qui m’attend…J’active les pages; après la 7, plus rien que du blanc et du noir;  du texte réduit des espaces immenses blancs , des lettres découpées qui ne parlent que succinctement. Un vide. Le texte, enfin le sociologue interrogé, dit que le silence est devenu l’ultime frontière  repoussée toujours plus loin. Frontière? un mot que je n’aime pas , qui provoque des cris de douleurs bruyants toujours; non , plutôt une bulle, une parenthèse au beau mitan du tout.

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Je tourne les pages jusqu’à l’île de la contemplation, là-bas en Islande. Il paraît que les islandais sont les maîtres du silence ( il faut bien dans ce monde maîtriser quelque chose, sinon…) Et puis les pays ultimes sont à la mode: littérature, vacances, foot, musique; je pense à Arvo Pärt que j’ai écouté la semaine dernière. Lui est Estonien. Écoutez le veni sancte spiritus ou encore the deer’s cry ou bien the morning star. C’est ça, le silence ou alors on tend vers.

Télérama continue avec la minute de silence des joueurs en hommage aux victimes…Et puis, il y l’ornithologue qui dit que l’humain a bouclé le bec aux pics, aux chouettes et qu’en 25 ans ont disparu un tiers de nos passereaux (entendre moineaux)… Lui pense que nos oreilles  s’habituent à ce silence désolant ( ici l’absence de gazouillis).

Télérama, tu me déprimes avec ta formule : Et les oiseaux déchantent…Plus de notes, la preuve, cette partition à la page 34: Vide de notes. C’est le 4’33 » de John Cage. Déjà en 52, ….ant! ( choisissez un adjectif après l’avoir observé, le morceau musical).

Pourtant, j’aime  le silence et si je m’appesantis sur cet édito de Time daté   de 1993, que j’ai tellement relu, c’est parce qu’il  dit, en filigrane, que le silence, c’est entendre la respiration d’autrui…

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Si ce n’est pas encore fait pour vous , commencez à l’apprivoiser,  le silence, sinon,  sûr que  vous vous ennuierez SIX FEET UNDER… ( à 1, 80m sous terre) ou bien rangé, tout propret, dans votre urne!

Clara de là-bas…

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Compartiment C , voiture 293; Edward Hopper 1938.

Soir d’automne. Le ciel rougeoie à l’horizon. Un lambeau qui descend et se déploie. Il fera froid. L’eau du fleuve court en sens inverse de la marche du train ; inexorable fuite des minutes et des heures… Elle le sait bien car il lui reste peu de temps avant la générale. Moins de deux heures. Elle hésite encore sur les mesures 176 et suite de « my man ‘s gone », là où la voix se fait implorante. Sotto- voce… Peut-être qu’elle n’y arrivera pas. Il le faut pourtant ; pour lui, qui ne viendra plus aux répétitions, plus aux concerts, plus dans leurs loges. C’est pour lui qu’elle travaille depuis des semaines cette partition. La caresse, pour qu’elle lui parle, lui livre l’âme de son auteur. Et puis ce sont les dernières pages qu’il a écrites, George… Un peu plus d’une année sans lui. La partition est sur ses genoux, froissée là où elle hésite. Le blanc de linceul de la têtière s’est décalqué sur la page du recueil. Le blanc contraste avec ses habits à elle, presque collet monté de bleu marine et de fermeture. Jumper large et corsage ton sur ton qui cachent, en les uniformisant, de jolis seins de trente ans. La jupe est confortale et assez longue pour dissimuler le genou. Il se devine fin et bien lisse par la position adoptée. Une bonne éducation qui impose aux filles de tenir les jambes serrées quand on les croise. Une posture coquette tout de même qui interpelle. Lascive juste ce qu’il faut. Puis, l’œil remonte pour chercher son regard qu’elle ne lèvera pas. Trop attentive, concentrée, dans son monde. Ridicule, son chapeau ; de quoi a-t-elle peur ? De l’oublier dans le compartiment C ? Qu’on la reconnaisse ? Mais qui ignorera dimanche que Clara Sommers EST Serena, Et qui lui en voudrait de l’être ? Serena qui pleure avec amour son mari défunt, là-bas à Catfish Row. Un texte secondaire mais dont la plainte touche les cœurs en souffrance. Celui de la femme surtout ; jeune veuve de vingt-sept ans. Serena à la peau brune, Clara aux cheveux d’or, chantent à l’unisson. …Sorrow…Telling me I’m old now since I lose my man… Sorrow sitting by the fireplace… Le livre de Clara gît entr’ouvert sur la banquette verte, impeccable. Première classe. Voiture 293. Aseptisée, nettoyée des salissures du jour. Une Amérique proprette, pas du tout encline à se mêler aux autres ; ni au conflit qui s’annonce dans la vieille Europe de 1938. On se souvient de 17 et de 29 et « du mal- qu’on- a- eu- à- s’en- remettre ». On se préserve, on se replie, on s’observe. Mais le grand pays, fait de migrants besogneux, n’a-t-il pas toujours eu cette attitude ? Que lui disait-il, son professeur de piano, à George ? « Vos doigts, Guerchevine ! », en soulignant de mépris ou de reproche l’étrangeté de son nom de l’Est en le déformant ? La lumière s’est faite blafarde, verdâtre dans son écrasement, mortifère. Le deuil ne peut pas durer. À trente ans, on meurt ou l’on décide de se mettre à vivre. Clara du compartiment C ne sait pas encore quel aiguillage sera le sien. Gershwin est près d’elle et lui souffle la justesse des mesures délicates.

La place, mais encore…

Passéiste, c’est le mot qui vient mais que je chasse. Faut avancer.

Avec ses souvenirs pourtant. Depuis une vingtaine d’années, certains élus s’en prennent aux places et avec de beaux mots, ils les déshabillent en disant qu’ils les rénovent ou les re-qualifient. La langue française est une belle langue tout de même… Mais a-t-on besoin de rénover dans un cadre comme Aix, notamment, certains petits bijoux où l’on va volontiers? On fait, car il FAUT faire;   pour laisser son empreinte sans doute, parce que changer est dans l’air du temps… D’autres communes ne touchent pas à leur place; elle est là depuis les ancêtres des ancêtres, à accueillir les vieux, les jeunes, les touristes, les passants… Paisible, pas dénaturée du tout, celle de Fuveau par exemple, fédératrice cet été pour y accueillir Moussu T et une foule venue de partout , comme à la crèche de Noël.

Et les arbres sur les places? « Ils sont malades et  menacent de tomber » (sic), alors on les coupe ; une fois coupés, on vérifie le duramen et l’aubier; finalement,  tout y était sain. Rien à comprendre, nous dit-on; et puis de quoi on se mêle?

Je parlais de souvenirs…Et de la place des prêcheurs à Aix, là où était mon lycée.

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D’abord on a fermé l’église de la Madeleine, là où mon beau-père menait bon train sur l’orgue ses pièces de  Bach, le dimanche…

Malade, elle aussi. Jamais plus rouverte. Puis, on a fermé notre lycée, devenu, après nous, collège; si, si, les jeunes filles du passé, renseignez-vous; fer-mée! J’y suis retournée, dans mon école, juste quelques années avant que cette décision ne soit prise; une visite un samedi de marché. J’ai tout revu, la cour de la Panouse, le cloître, la salle à manger ex-salle capitulaire, les salles de latin, en haut, coté est, chaudes au printemps  et qui donnaient sur la rue Chastel et sur la cour sud minuscule où on se contenait si bien… J’ai tout revu; les filles avec, moi avec elles, nos 11 ans…

Aujourd’hui, on va couper les arbres, refaire une place… Besoin de look différent, comme on botoxe en esthétique… Pas vraiment compris pourquoi…

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… Peut-être qu’à Aix , on a des sous à ne plus savoir qu’en faire…

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